100 ans !

Publié le par Georges Ferré

Au printemps 1907, la révolte des vignerons entraîne le Midi de la France dans une désobéissance civique. Grève de l'impôt, démissions des maires et mutineries de soldats font craindre à Georges Clemenceau le pire pour la République.


A 5 heures, le 11 mars 1907, Marcelin Albert, à la tête d'une cinquantaine d'hommes, quitte Argeliers, un petit village de l'Aude, pour la sous-préfecture de Narbonne, avec la volonté d'y rencontrer la commission parlementaire, présidée par Cazeaux-Cazalet député de la Gironde, chargée de proposer des solutions à la crise viticole qui ruine le Languedoc et le Roussillon depuis sept ans. A 10 heures, ils sont 87 devant la sous-préfecture à manifester. Les parlementaires acceptent de recevoir une délégation, malgré les remarques désobligeantes d'Ernest Ferroul, maire de Narbonne. Marcelin Albert leur remet une pétition mais ressort avec le sentiment d'avoir été « berné par les élus ». Il espérait des solutions immédiates, il n'a obtenu que quelques bonnes paroles. Il décide alors avec ses compagnons de passer aux actes. Ceux que l'on appelle désormais « les 87 d'Argeliers » font le tour de la ville, sur l'air de La Vigneronne, un chant qui se veut une déclaration de guerre.

De retour à Argeliers, enhardis par cette marche foudroyante sur Narbonne, et se souvenant de la force symbolique du serment du Jeu de paume, « ils prêtent serment de ne point se séparer jusqu'à ce que la misère disparaisse du Midi ».

Le lendemain, dans la petite salle de son ancien café, Marcelin Albert constitue avec ses amis, l'huissier de justice Edouard Bourges, le pharmacien Louis Blanc, le médecin du village Senty, le journaliste Marty, l'employé des chemins de fer Elie Bernard, deux propriétaires viticoles François Richard, Marius Cathala et quelques autres, le Comité de défense viticole d'Argeliers. La révolte est en marche.

Pour Marcelin Albert, la misère et la vigne sont incompatibles. D'ailleurs aussi loin qu'il s'en souvienne, le vin a toujours amené la prospérité. Avec l'arrivée du chemin de fer en Languedoc, dans les années 1850, le marché du Nord s'est ouvert aux vins du Midi. Partout la vigne a remplacé le blé. L'argent coule à flot. Les gros propriétaires viticoles édifient des châteaux de style baroque, flanqués de tours.

Certes des maladies venues d'Angleterre et d'Amérique, l'oïdium, le phylloxéra, le mildiou ravage le vignoble. Mais on le replante avec des pieds américains. A la force du poignet, la vigne se répand à nouveau des collines à la Méditerranée, jusqu'à faire du Midi une mer de vigne. Tous les vignerons souffrent, mais tous survivent. Les prix grimpent. L'argent est facile. Béziers, Narbonne semblent « de petites Babylone, où tous les excès se donnent rendez-vous » quand, tout à coup, en pleine prospérité et alors que la production ne cesse d'augmenter, le prix du vin se met à baisser : de 20 francs l'hectolitre en 1898, il passe à 11 francs en 1900 puis chute à 7 francs en 1904... En 1907, certains le bradent pour 50 centimes l'hectolitre. Les pompiers s'en servent pour éteindre des incendies, les maçons pour gâcher du mortier. De dépit, de désespoir, on le jette au ruisseau. Le spectre de la misère s'étend dans les villes et villages.

Pour Clemenceau, président du Conseil depuis octobre 1906, les événements qui agitent le Midi sont une « tartarinade, une galéjade, une farandole » Aussi, lorsqu'Albert Sarraut, député de l'Aude et sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur, plaide la cause de sa région en Conseil des ministres, ne faisant que confirmer par ailleurs le rapport de la commission parlementaire, il se fait rabrouer : « Je connais le Midi, tout ça finira par un banquet ! ». Joseph Caillaux, ministre des Finances, adopte le même discours : « C'est du battage ! » dit-il d'un ton méprisant. En réalité, ce n'est pas l'agitation paysanne, pour l'heure bon enfant, que craint Clemenceau, mais la récupération politique du mécontentement viticole par les réactionnaires, au moment où l'application de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, du 9 décembre 1905, choque encore les consciences. Clemenceau se méfie aussi des socialistes et surtout de ce docteur Ferroul, maire de Narbonne, plus régionaliste qu'internationaliste. Albert Sarraut avertit Clemenceau d'une explosion sociale imminente.

Marcelin Albert, vigneron bouillant et brouillon, que l'on surnomme « Lou Cigal » (la tête folle), s'est trouvé une nouvelle passion depuis 1900 : la défense du vin naturel. Tel Don Quichotte, il parcourt les villages, prêchant « la guerre sainte » contre les fraudeurs (lire encadré). Les jours de marché, on peut le voir sur la place, juché sur une chaise ou un platane. De là son autre surnom : « le prêcheur des platanes ». Il dit vouloir conduire les vignerons au seuil d'une vie meilleure et, pour y parvenir, rêve de réaliser « l'union de tous : du capitaliste à l'ouvrier, du noble et du roturier », persuadé que le gouvernement, apitoyé par cet unanimisme, saura faire son devoir. Partout, il n'est accueilli que par des sarcasmes, des sourires railleurs, des haussements d'épaule. Et pourtant, en mars 1907, le Comité d'Argeliers, ayant découvert avec ses drapeaux, tambours et clairons, le moyen d'enflammer les esprits, décide de rassembler les vignerons tous les dimanches, pour écouter Marcelin Albert. Des comités de défense viticole se forment dans les villes et villages. Et, pendant les douze dimanches de ce printemps 1907, des foules se rassembleront dans toutes les villes de la région : 300 personnes à Sallèles-d'Aude le 24 mars, mais 800 000 à Montpellier le 9 juin.

A chaque meeting, s'élabore le rituel protestataire. Tout se décide, dans la petite salle du café de Marcelin. De « ce lieu de culte », des messagers partent avec des mots d'ordre pour les comités viticoles siégeant dans chaque village. Les crieurs publics, au son du tambour, répercutent sur les places les consignes. Enfin, le dimanche, au lever du soleil, musette au dos, hommes et femmes partent à pied, en train, ou encore entassés dans des charrettes avec les paniers à provisions. Un flot de vignerons inonde les rues de la ville qui accueille la manifestation. Là, on retrouve les cousins, les amis, on commente les dernières nouvelles. Vers midi, sur les bancs des jardins publics ou les perrons des maisons, les vignerons s'assoient, cassent la croûte, chantent, rient, se passent le dernier numéro du Tocsin, organe de la lutte viticole, s'enivrent de paroles et de vin, puis se placent dans le cortège.

Le défilé est le moment le plus impressionnant. Pas un chant, pas un cri. Marcelin Albert, devient l'objet d'un véritable culte. On accompagne ses pas d'une chanson, sorte de cantique rappelant ceux de la procession de Lourdes. Des femmes pleurent sur son passage, lui jettent des roses... On se rassemble devant l'estrade, pour entendre de près les orateurs. Lorsque Marcelin, que l'on surnomme maintenant « le rédempteur, l'apôtre », paraît, on l'écoute religieusement, on l'applaudit à chaque inflexion de voix.

De dimanche en dimanche, la protestation enfle, les vignerons ont le sentiment de devenir invincibles, face à un gouvernement qui sous-estime la gravité de la situation. Les partis politiques, habitués à l'affrontement classe contre classe, sont déconcertés par ce mouvement populaire qui unit l'ouvrier agricole au gros propriétaire.

A Narbonne, le 5 mai 1907, devant 80 000 personnes, Ferroul tel un tribun de l'an II, joignant le geste à la parole, plaide pour la justice sociale et termine son discours par une formule qui place la manifestation sur le terrain politique : « Voici longtemps que vous faites crédit à l'Etat. L'heure est venue où la dette envers vous doit être payée. »

A Béziers, le dimanche suivant, le même Ernest Ferroul défie le gouvernement, auquel il lance un ultimatum : « Si d'ici le 10 juin, le gouvernement n'a pas trouvé de solution à la crise alors, ce sera la démission des mairies du Midi ! Ce sera la grève de l'impôt ! » La presse nationale, s'émeut de cet ultimatum et commence à prendre un peu plus au sérieux le mouvement viticole.

« Le Midi bouge ! » écrivent tous les éditorialistes. D'autant que de violents incidents ont eu lieu : le 12 mai, à la gare de Marcorignan, les manifestants n'ayant pas de train à leur disposition édifient une barricade pour interrompre tout trafic ; le 16, à Béziers, une émeute provoque la démission du maire radical Suchon et nécessite l'intervention de l'armée. Le rassemblement de Carcassonne, le 26 mai, prend un ton nettement contestataire. Pour la première fois, 250 000 personnes chantent La Marseillaise des vignerons et le correspondant de La Dépêche y voit l'annonce d'une révolution prochaine. Dans son discours, Marcelin Albert en appelle au passé cathare : « Les albigeois étaient autrefois réunis sous ces murs, ils y tombèrent pour la défense de leur liberté. Nous ferons comme eux ! En avant pour la défense de nos droits ! Le Midi le veut, le Midi l'aura ! » Ernest Ferroul, en seigneur féodal, impressionne par son lyrisme occitan : « Un souvenir me hante, souvenir de misère pareille à la vôtre ! Lorsque les barons féodaux envahissaient le Midi et le saccageaient, un troubadour pleurait ainsi : "Ah ! Toulouse et Provence, et la terre d'Argence, Béziers et Carcassonne, qui vous a vu et qui vous voit ! Depuis, les barons de l'industrie du Nord nous ont envahis et ruinés. Nous ne voulons pas les supporter davantage. En avant ! Debout pour les repousser, eux et leurs complices. Parlez plus fort, unissez vos voix, votre prière prendra le ton d'un commandement" [...]. » Cette fois, la presse nationale s'effraie de ces paroles qui évoquent le séparatisme, une république du Midi indépendante soutenue par la réaction.

Le dimanche 9 juin à Montpellier, veille de l'ultimatum de Ferroul, 800 000 personnes défilent. Les églises, les écoles ont été réquisitionnées pour accueillir les manifestants. En soirée, la situation se dégrade. Des bagarres éclatent, gendarmes et chasseurs à cheval conspués, essuient des jets de pierres. Plus grave, des soldats du 100e régiment d'infanterie consignés dans la caserne Montmorency de Narbonne s'opposent à leurs officiers aux accents de L'Internationale.

Le 10 juin, 20 heures, « le tocsin sonne avec une vibration lugubre » dans Narbonne. Dix mille personnes se rassemblent sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Ferroul apparaît au balcon de sa mairie et s'écrie : « Citoyens, citoyennes je tiens mon pouvoir de vous, je vous le rends ! La grève municipale commence... » Puis il jette son écharpe tricolore à la foule. Un huissier hisse le drapeau noir, symbole de la misère. Son geste est compris immédiatement des mairies languedociennes et catalanes. Mi-juin, 442 maires démissionnent, 618 fin juin : 76 % dans l'Hérault, 53 % dans l'Aude, 44 % dans les Pyrénées-Orientales mais seulement 8 % dans le Gard, du fait de l'influence d'un socialisme hostile à l'union des classes. Le Midi est en désobéissance civique. L'agitation gagne même l'Aveyron, le Gers, la Gironde, le Lot et... le Jura

Piqué au vif par le défi du maire de Narbonne, Georges Clemenceau se doit de réagir. Les vignerons mettent en danger la République. On peut lire dans Le Roussillon, journal monarchiste de Perpignan : « La République est donc virtuellement abolie, dépecée dans cinq départements du joyeux Midi... » Un journaliste, le vicomte de Vogüé, écrit dans Le Figaro : « Ne vous y trompez pas, le Midi, c'est un pays à reconquérir comme au temps de Simon de Montfort ! » Clemenceau refuse les démissions des maires et leur envoie une longue lettre. Il charge Albert Sarraut de convaincre Ferroul de négocier, mais celui-ci lui répond : « Quand on a 3 millions d'hommes derrière soi, on ne négocie pas ! »

Mais pour le chef du gouvernement, force doit rester à la loi ! Une déferlante militaire s'abat alors sur le Midi : 60 000 fantassins et gendarmes occupent villes et villages. A Béziers et à Narbonne, on compte un soldat pour deux habitants. Le couvre-feu a été instauré et il faut un sauf-conduit pour circuler.

19 juin, 4 heures du matin : Ferroul et les membres du Comité d'Argeliers sont arrêtés par un millier de soldats et conduits à la prison de Montpellier. Marcelin Albert, lui, est introuvable. Le peuple du Midi, meurtri, ne se décourage pas. La répression lui donne même un second souffle. Louis Blanc crée un second Comité d'Argeliers, Le Tocsin paraît toujours. Le Midi vit en état d'émeute. On craint le pire. Le soir, après l'assaut de la sous-préfecture de Narbonne par des manifestants venus réclamer la libération de Ferroul, les cuirassiers chargent la foule sur le boulevard Gambetta. Dans le café Paincourt, plusieurs balles atteignent l'ouvrier Louis Ramon qui s'écroule mort.

Le 20 juin, au petit matin, Narbonne est en deuil, magasins et cafés restent fermés. Des bruits courent sur la présence d'agents secrets déguisés en journalistes. Une chasse aux suspects s'organise. L'inspecteur de police Grossot, reconnu pour avoir participé à l'arrestation de Ferroul, est jeté dans le canal de la Robine. Un homme sur le quai ordonne à la foule déchaînée de s'arrêter... De nombreuses mains s'offrent maintenant pour sauver l'inspecteur et le conduire au poste militaire de l'hôtel de ville tout ruisselant de sang et d'eau. Mais derrière, se reforme une cohue vociférante, dont l'intention est de reprendre sa victime. Sur le perron de l'hôtel de ville, une section du 139e d'infanterie se tient en armes. Soudain, un groupe s'avance. Les soldats se précipitent instinctivement sur la foule, fusil baissé, baïonnette au canon, et tirent. Il y a cinq morts étendus sur les pavés, dont Cécile Bourrel, 20 ans, le crâne fracassé par une balle...

La responsabilité des officiers et des pouvoirs publics est engagée. On a mis en présence, une foule exaspérée, à qui on a enlevé ses responsables et un régiment d'appelés venus du Cantal, un régiment fatigué après un voyage de dix-sept heures depuis Aurillac, un régiment mal commandé par des officiers dont la plupart traînent au restaurant La Dorade... La stupeur cède à la colère.

Ce même 20 juin, la préfecture de Perpignan brûle, le préfet Dautresme se réfugie sur le toit. Les Languedociens et les Catalans du 17e régiment d'infanterie, cantonné à Agde, craignant d'être envoyés dans le Nord, prennent les armes, bousculent leurs officiers, se rendent à Béziers. Le vendredi 21 juin au matin, ils s'installent symboliquement devant le théâtre où, chaque vendredi, négociants et propriétaires fixent les cours du vin. Ravitaillés par les commerçants, encouragés par la population, ils se trouvent bientôt dans une impasse. Que faire ? Aller à Narbonne ? Ils n'y songent plus. Se soumettre ? Oui peut-être, mais avec l'assurance de ne pas être sanctionnés. En fin de matinée quelques-uns réintègrent la caserne Saint-Jacques, d'autres campent, discutent avec les civils, se prêtent complaisamment à quelques clichés... De partout des troupes se dirigent vers Béziers pour mâter cette mutinerie. Les généraux Lacroisade et Bailloud, les membres du Comité d'Argeliers numéro 2, tentent de persuader les mutins de réintégrer la caserne. Antonin Palazy, gros propriétaire viticole, obtient leur reddition en brandissant une « fausse dépêche » de Clemenceau promettant l'impunité. Pendant ce temps au Palais-Bourbon, les députés du Midi demandent la démission du ministère. Clemenceau s'en sort en annonçant la fin de la mutinerie. Soulagés, par la bonne nouvelle, les députés votent la confiance par 327 voix contre 223.

Marcelin Albert, qui avait disparu depuis le 17 juin, décide contre l'avis du comité de se rendre à Paris pour rencontrer Clemenceau. L'entrevue a lieu le 23 juin. Que se sont dits les deux hommes ? Les témoignages divergent. On sait que Marcelin a pleuré, qu'il a accepté 100 francs de Clemenceau pour retourner à Argeliers. Trois jours plus tard, il se constitue prisonnier à Montpellier. Considéré comme « un traître au Midi », il est mis en quarantaine par ses compagnons de cellule.

Clemenceau sait qu'il lui faut sortir de cette situation dangereuse pour la République. Il tente tout d'abord de désamorcer les motifs de la révolte. Le 29 juin, les députés votent une loi contre la fraude. Le 2 août, la chambre des mises en accusation de Montpellier libère les membres du Comité d'Argeliers. Alors que Ferroul est accueilli en héros à Narbonne, Marcelin Albert manque d'être lynché à Argeliers. Il démissionne du Comité de défense viticole, laissant sa place à Ferroul, le nouveau « sauveur de la viticulture », qui proclame son intention de continuer le combat. Mais le maire démissionnaire de Narbonne voit bien qu'il est lui aussi dans une impasse. Le mouvement s'essouffle : les ouvriers souffrent du chômage, les élus commencent à revenir sur leurs démissions. Comment s'en sortir dans l'honneur ?

Pendant que le mouvement viticole s'organise pour reprendre en main son destin, Clemenceau cherche à faire rentrer le Midi dans le rang, si possible en lui faisant perdre la face. Il punit 550 soldats du 17e d'infanterie qui sont expédiés à Gafsa, un camp disciplinaire du Sud tunisien. Il décore de la Légion d'honneur ou de la médaille militaire tous ceux qui ont affronté la colère des vignerons. Pour légitimer la répression, il fait publier au Journal officiel la version militaire, partisane, des événements du Midi, à laquelle répond le chant Gloire au 17e de Montéhus, qui explique la mutinerie par le refus d'obéir à l'ordre de tirer sur les civils - ordre qui n'a jamais été donné.

La grande question qui se pose à Clemenceau est comment abattre Ferroul et les meneurs du Comité d'Argeliers ? Un procès ? Trop risqué, on pourrait en faire des martyrs - l'amnistie générale sera votée par le Parlement en 1908. Ne reste que la voie politique. Après avoir convenu que les vignerons n'auront pas à payer les arriérés d'impôts pour les années 1904-1905, Clemenceau ordonne, en pleines vendanges, l'élection d'un nouveau conseil municipal à Narbonne, dans l'espoir d'un changement politique. Echec ! Le 22 septembre 1907, la municipalité républicaine socialiste de Ferroul est réélue, associant pour longtemps socialisme et viticulture. Le même jour, naît la Confédération générale des vignerons, sous la houlette du même Ferroul, liant alors, propriétaires et ouvriers agricoles dans un combat commun contre la fraude et pour le vin naturel. Autour de cette « guerre du vin » aux allures de croisade, ravivée par des rassemblements commémoratifs, se constitue tout un corpus idéologique fait de mythes tenaces : la fraude, les braves pioupious du 17e sauvant la République, et envoyés en première ligne en 1914. Au fil du temps, l'idéologie de 1907 devient une source d'inspiration pour les poètes, les romanciers et les cinéastes.

Les deux épisodes tragiques - les six morts de Narbonne et l'exil des mutins du 17e à Gafsa - nourrissent depuis cent ans la protestation viticole régionale. Les cris de « ces frères de misère », le droit de travailler et de vivre dans la dignité sur cette terre de vignes interpellent toujours les Méridionaux, et la référence à 1907 est toujours un signe de reconnaissance de l'identité occitane et républicaine, victime d'un Etat centralisateur.

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Publié dans Editorial

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