Vignobles sinistrés sous le soleil. / Vinyes sinistrades sota el sol.
Les ministres européens de l’Agriculture ont eu mardi un premier « tour de table » sur le projet de réforme de la Commission, qui prévoit l’arrachage de 400 000 hectares de vignobles. Les effets de la libéralisation du marché mondial du vin sont déjà dramatiques dans le Sud de la France
Languedoc-Roussillon,
Envoyé spécial.
Cécile Weissenbach travaille seule ses 13 hectares de vignes du domaine de Babio, sur la commune héraultaise de La Caunette, dans le Minervois. Enfant de la ville, la passion pour la vigne lui vient très tôt à l’écoute d’un papa amateur de bons crus. En 1999, elle obtient son diplôme d’oenologue. Elle travaille ensuite dans les Corbières comme salariée, part faire une vinification au Chili, passe par la Provence, revient dans le Languedoc en rêvant de s’y installer un jour. L’occasion se présente en 2003 et la jeune femme effectue sa première récolte en 2004. « Elle était belle en volume et en qualité. Comme j’avais un gros besoin de trésorerie, j’ai rapidement vendu 400 hectolitres au négoce, soit les deux tiers de ma récolte. Bien m’en a pris. Depuis, les cours n’ont cessé de baisser », explique Cécile. Le tiers de la récolte a été conditionné en bouteilles et celle de 2005 est en cours d’élevage.
Pour vendre son vin, Cécile fait deux marchés chaque semaine et cherche des points de chute chez les cavistes de l’agglomération parisienne, sa région d’origine. « Je fais tout moi-même, je n’emploie personne en dehors des vendanges. Pour l’instant, je ne dégage pas le moindre revenu, même si j’effectue quelques prélèvements pour ne pas vivre totalement aux crochets de mon compagnon, qui est professeur à Sète et qui a des frais professionnels importants. La crise actuelle, je la vois longue et difficile. J’ai 25 000 euros de coûts de production par an et 25 000 euros d’emprunts annuels à rembourser sur quinze ans pour l’achat de l’exploitation et du matériel de vinification. Je savais que je m’installais dans une période pas très faste mais je ne pensais pas que la situation des vignerons allait se dégrader aussi vite », laisse tomber Cécile avec un sourire amer.
Philippe Vergnes est vigneron coopérateur et président du syndicat des viticulteurs de l’Aude. « En trente ans de métier, je n’ai jamais vu une crise de cette ampleur. Que l’on produise du vin de table, du vin de pays ou de l’AOC (appellation d’origine contrôlée), on perd 1 000 euros par hectare et par an depuis 2004. Les gens tiennent en ne payant plus leurs cotisations sociales, ni les emprunts au Crédit agricole. Ceux dont le conjoint travaille à l’extérieur pour ramener 1 000 ou 1 200 euros de salaire vivent aux crochets de ce conjoint. Mais ça ne dure qu’un temps. Quand on arrive à puiser dans ce salaire pour réparer le tracteur ou acheter du carburant, l’épouse finit par se rebiffer et le couple explose. On ne compte plus les divorces et les séparations. Imaginons alors ce qu’est la situation du vigneron à plein temps avec sa femme sur l’exploitation. Nous avons accompagné plus de 500 vignerons de l’Aude pour la constitution d’un dossier afin d’obtenir le RMI », affirme le syndicaliste, visiblement marqué par la tragédie qui se joue dans son département.
Le Languedoc-Roussillon a pourtant fait de gros efforts depuis vingt-cinq ans pour adapter l’économie vitivinicole au marché. 120 000 hectares ont été définitivement arrachés, tandis que des replantations de cépages améliorateurs ont permis de se positionner sur de nouveaux créneaux en vins de pays, vins de cépages et AOC sur moins de 300 000 hectares. Mais Philippe Vergnes souligne que 150 000 hectares de plantations illicites ont été effectués dans le même temps en Espagne, en Italie et en Grèce, sans compter ce qui se fait aux États-Unis et dans les pays de l’hémisphère Sud, où les droits de plantation sont illimités alors que la durée de vie d’une vigne va au-delà du demi-siècle.
Serge Azaïs, vigneron coopérateur, est le trésorier de la cave coopérative de Montagnac, au nord-est de Béziers. Cette cave produit beaucoup de vins de pays bien élaborés et vendus à partir de 2 euros la bouteille. Elle a fortement contribué à relancer le picpoul de Pinet, un vin blanc sec issu d’un cépage qui a failli disparaître au cours du XXe siècle et qui devient aujourd’hui un produit porteur pour la coop. « Si la plupart des vins de la coopérative de Montagnac continuent de se vendre, le prix perçu par les coopérateurs est aujourd’hui trop bas pour qu’ils s’en sortent. On a renouvelé entre 50 et 60 % du vignoble avec l’endettement que cela suppose dans les exploitations. Aujourd’hui, on nous met en concurrence avec l’Australie et l’Afrique du Sud avec d’énormes disparités salariales et fiscales. Nous sommes entrés dans des logiques néolibérales à la remorque des multinationales qui veulent que le vin soit désormais une marchandise banalisée et dénaturée, alors que nous avions réussi quelque chose d’original dans la viticulture française en associant la promotion d’un territoire avec celle d’un produit », note ce militant de la Confédération paysanne.
Le vin ne faisant plus vivre le vigneron, le risque est grand de voir des milliers d’exploitants se porter volontaires pour les arrachages prévus par le projet de réforme de la Commission européenne. « Certains vont arracher parce qu’ils sont proches de la retraite et que leurs vignes sont invendables tant que durera cette crise des débouchés. Les autres arracheront une partie afin de payer leurs dettes en espérant pouvoir repartir avec moins de superficie », prédit Bernard Rouanet, entrepreneur de travaux agricoles à Minerve. L’homme sait de quoi il parle : Annie, son épouse, est viticultrice, adhérente de la cave coopérative d’Olonzac. Entre 2003 et 2006, la rémunération versée par la coopérative a été divisée par trois, passant de 5 250 euros à 1 750 euros par mois. Il convient de préciser ici que ce prix payé pour les livraisons de 28 hectares de raisins n’a rien à voir avec la rémunération nette de la viticultrice après déduction de ses coûts de production. Comme beaucoup d’autres, Annie Rouanet subit une perte moyenne de 1 000 euros par hectare et par an. Ici, c’est l’entreprise de travaux agricoles qui fait vivre le ménage. Financièrement, la remise à flot du vignoble passera par l’arrachage d’une partie des parcelles afin de percevoir les primes.
Il reste à savoir ce que deviendront les paysages de coteaux que seule la vigne permet d’entretenir aujourd’hui. « Avec moins de paysans, il faudra plus de Canadair. Même si les bras m’en tombent de voir ce que je vois, je refuse de me décourager. Notre rôle de syndicalistes est de manifester pour alerter les pouvoirs publics sur la gravité de la situation. Mais nous pouvons aboutir à des tragédies tant il y a de gens désespérés, alors que les centres de gestion font état de 80 % de vignerons en difficulté », alerte Philippe Vergnes.
Els ministres europeus de l'Agricultura han tingut dimarts un primer «torn de taula» sobre el projecte de reforma de la Comissió, qui preveu l'arrachage de 400 000 hectàrees de vinyes. Els efectes de la liberalització del mercat mundial del vi són ja dramàtics al Sud de França
Languedoc-Roussillon,
Enviat especial.
Cécile Weissenbach treballa sola les seves 13 hectàrees de vinyes de l'àmbit|domini de Babio, sobre el municipi héraultaise de La Caunette, en el Minervois. Nen de la ciutat, la passió per la vinya li ve molt aviat a l'écoute d'un papà aficionat de bones collites|terrossos. El 1999, obté el seu diploma d'oenologue. Treballa llavors en els Corbières com a assalariada, marxa fer una vinificació a Xile, passa per Provence, torna al Languedoc somiant amb s’y instal·lar un dia. L’occasion es presenta el 2003 i la jove dona efectua la seva primera collita el 2004. «Era bonica en volum i en qualitat. Com que tenia una gran necessitat de tresoreria, j''ai ràpidament venut 400 hectolitres al negoci, sigui els dos terços de la meva collita. Bé m’en ha pres. Des de, els cursos no han parat d'abaixar », explica Cécile. El terç de la collita ha estat condicionat en ampolles i la de 2005 és en curs de cria.
Per vendre el seu vi, Cécile fa dos mercats cada setmana i busca punts de caiguda amb|en els cellerers de l'agglomération parisenca, la seva regió d'origine. «Faig tot jo mateix, jo n'emploie ningú fora de les veremes. De moment, no retiro els menors ingressos, faig algunes extraccions|deduccions per no viure totalment als ganxos|ganxets del meu company, que són professor a Sète i que tenen despeses professionals importants. La crisi actual, la veig llarga i difícil. Tinc 25 000 euros de costos de producció anualment i 25 000 euros d'emprunts anuals a pagar sobre quinze anys per a l'achat de l'exploitation i del material de vinificació. Sabia que jo m'installais en un període no molt fast però no pensava que la situació dels vinyataires s'anava a degradar també de pressa », deixa caure Cécile amb un somriure amarg.
Philippe Vergnes és vinyataire cooperador i president del sindicat dels viticultors de l'Aude. «En trenta anys d'ofici, jo mai he vist una crisi d'aquesta amplitud. Que l’on produeixi vi de taula, vi de país o de la AOC (denominació d'origine controlada), es perden 1 000 euros per hectàrea i anualment des de 2004. La gent se sosté no pagant ja les seves cotitzacions socials, ni els préstecs al Crèdit agrícola. Aquells dels quals el cònjuge treballa per a l'extérieur per portar 1 000 o 1 200 euros de salari viuen als ganxos|ganxets d'aquest cònjuge. Però això no dura qu''un temps. Quan s'aconsegueix|arriba pouar d'aquest salari per reparar el tractor o comprar del carburant, s'acaba rebel·lant l'esposa i explota la parella. Ja no es compten els divorcis i les separacions. Imaginem llavors aquest qu'est la situació del vinyataire a temps complet amb la seva dona sobre l'exploitation. Hem acompanyat més de 500 vinyataires de l'Aude per a la constitució d'un informe afin d'obtenir el RMI », afirma el sindicalista, visiblement marcat per la tragèdia que juga al seu departament.
El Languedoc-Roussillon ha fet tanmateix grans esforços des de fa vint-i-cinc anys per adaptar l’économie vitivinicole al mercat. 120 000 hectàrees han estat definitivament arrencades, mentre que replantacions de varietats de vi améliorateurs han permès posicionar-se sobre nous merlets en vins de país, vins de varietats de vi i AOC sobre menys de 300 000 hectàrees. Però Philippe Vergnes subratlla que 150 000 hectàrees de plantacions il·lícites han estat efectuades en el mateix temps a Espanya, a Itàlia i a Grècia, sense comptar el que es fa als Estats Units i als països de l'hémisphère Sud, on els drets de plantació són il·limitats llavors que la duració de vida d'una vinya va més enllà del demi-siècle.
Sergé Azaïs, vinyataire cooperador, és el tresorer del celler cooperatiu de Montagnac, al nord-est de Béziers. Aquest celler produeix molts vins de països ben elaborats i venuts a partir de 2 euros l'ampolla. Ha contribuït fortament a llançar el picpoul de Pinet, un vi blanc sec procedent d'una varietat de vi que ha estat a punt de desaparèixer en el transcurs del segle XX i que es fa avui un producte portador per a la coop. «Si la majoria dels vins de la cooperativa de Montagnac es continuen venent, el preu|premi percebut pels cooperadors és avui massa baix per a qu'ils s'en surten. S'ha renovat entre 50 i un 60% de la vinya amb l'endettement que allò suposa en les explotacions. Avui, se'ns posa en competència amb l'Australie i l'Afrique del Sud amb d'énormes disparitats salarials i fiscals. Hem entrat en lògiques neoliberals al remolc de les multinacionals que volen que el vi sigui d'ara endavant una mercaderia banalitzada i desnaturalitzada, mentre que havíem aconseguit alguna cosa d'original en la viticultura francesa associant la promoció d'un territori amb aquella d'un producte », anota|nota aquest militant de la Confederació camperola.
No fent el vi viure més el vinyataire, el risc és gran de veure milers d'exploitants portar-se voluntaris per als arrachages previstos pel projecte de reforma de la Comissió europea. «Alguns arrencaran parce qu'ils són parents de la jubilació i que les seves vinyes són invendibles tant com durarà aquesta crisi de les sortides. Els altres arrencaran una part per tal de pagar els seus deutes esperant poder anar-se'n amb menys de superfície, predit Bernard Rouanet, empresari de treballs agrícoles en Minerva. L'homme sap de què parla : Annie, la seva esposa, és viticultora, adherent del celler cooperatiu d'Olonzac. Entre 2003 i 2006, la remuneració ingressada per la cooperativa ha estat dividida per tres, passant de 5 250 euros a 1 750 euros per mes. Convé precisar aquí que aquest preu|premi pagat per als lliuraments de 28 hectàrees de raïms no té res a veure amb la remuneració neta de la viticultora després de deducció dels seus costos de producció. Com molt d'autres, Annie Rouanet experimenta|sofreix una pèrdua mitjana de 1 000 euros per hectàrea i anualment. Aquí, c'est l'entreprise de treballs agrícoles que fa viure el mesura. Financerament, la rebaixa|reposició a onada de la vinya passarà per l'arrachage d'una marxada de les parcel·les per tal de percebre les primes.
Queda és a dir el que es faran els paisatges de vessants que només la vinya permet d'entretenir avui. «Amb menys pagesos, caldrà més de Canadair. Fins i tot si els braços m'en cauen de veure el que veig, em nego a desanimar-me. El nostre paper de sindicalistes és de manifestar per alertar els poders públics sobre la gravetat de la situació. Però nosaltres podem portar a tragèdies tant hi ha de gent desesperada, mentre que els centres de gestió fan constar un 80% de vinyataires en dificultats », alerta Philippe Vergnes.